Le Gjenganger

Gjenganger, créature du folklore (Norvège), illustration

En Scandinavie, les morts qui reviennent ne flottent pas : ils marchent. Le gjenganger, littéralement « celui qui marche de nouveau », est un revenant de chair, aussi solide qu'un vivant et bien plus dangereux. La tradition norvégienne et danoise lui prête une signature glaçante : le dødningeknip, le pincement du mort, une marque bleue laissée sur la peau des dormeurs, et qui ne pardonnait pas.

La légende

Le gjenganger revient rarement sans raison. Meurtre, suicide, affaire inachevée, tort à réparer ou à venger : quelque chose le retient de ce côté-ci. Dans les traditions les plus anciennes, il est franchement violent : il rentre à la ferme, frappe aux murs, tourmente sa propre famille, brise ce qu'il trouve. Ce n'est pas une apparition, c'est une visite.

Sa corporéité le distingue de presque tous les fantômes d'Europe : on peut le toucher, il peut vous saisir. Les sagas islandaises regorgent de ces morts encombrants qu'il faut affronter à mains nues, et les folkloristes considèrent que gjenganger et draugr sont deux noms d'un même phénomène, le second insistant sur le tumulus, le premier sur le retour.

Avec les siècles, le gjenganger s'est fait plus sournois : la tradition tardive en fait un porteur de maladie et de mort discrète. Il se glisse dans les maisons endormies et pince la peau des vivants ; au matin, la marque bleue du dødningeknip, le pincement du mort, se lit sur le bras ou le cou. Le mal remonte ensuite vers le cœur, disait-on, et la victime suivait le mort dans la tombe.

Origines et histoire

Le mot existe dans toutes les langues scandinaves : gjenganger en norvégien, genganger en danois, gengångare en suédois. La figure plonge ses racines dans l'âge viking : la saga de Grettir et la saga d'Eyrbyggja, composées en Islande au XIIIe siècle, mettent déjà en scène des morts qui reviennent hanter fermes et vallées avec une brutalité toute physique.

Les coutumes funéraires scandinaves ont longtemps gardé la trace de cette peur. On portait le cercueil trois fois autour de l'église avant l'inhumation, on peignait des croix sur les portes, on élevait des tas de pierres ou de branchages, les varp, à l'endroit d'une mort violente, et chaque passant y ajoutait la sienne pour tenir le mort tranquille. Autant de verrous posés entre le cimetière et la maison.

L'encyclopédie nationale norvégienne note que les gjengangere classiques étaient volontiers des morts « mauvais ou sans repos », mais que le folklore récent a élargi la figure : la mère morte qui revient avertir ses enfants d'une marâtre cruelle est aussi un gjenganger. Le retour des morts n'est pas toujours une menace ; c'est toujours un message.

Variantes et cousins

Dans le set du Grand Gel, le gjenganger marche aux côtés de deux autres morts scandinaves : le draugr, gardien gonflé et bleu des tumulus à trésor, dont il est presque le jumeau terminologique, et l'utburd, l'enfant abandonné qui pleure dans la lande. Trois façons de mal mourir : sans repos, sans lâcher son bien, sans nom.

Le pincement mortel le rapproche aussi de toute la famille des morts contagieux de l'Europe : le strigoi roumain qui épuise les siens nuit après nuit, ou le nosferatu des Carpates. Partout la même intuition : la mort qui revient ne frappe pas fort, elle frappe doucement et souvent.

Face à eux, l'Ankou breton, déjà en jeu lui aussi, fait figure de fonctionnaire : lui ne revient pas par rancune, il fait sa tournée. Le gjenganger est exactement l'inverse : un mort qui n'a pas fini d'être vivant.

Dans la culture

Le mot est resté dans les langues scandinaves modernes, où « gjenganger » désigne aujourd'hui, par glissement, tout ce qui revient sans cesse : une rengaine, un dossier, un problème récurrent. Le revenant proprement dit a cédé la place au spøkelse, le fantôme générique, mais les dictionnaires et encyclopédies norvégiens gardent soigneusement la fiche du monstre d'origine.

La littérature s'en souvient : Ibsen a intitulé Gengangere (Les Revenants) l'une de ses pièces les plus célèbres, où les morts qui reviennent sont devenus l'hérédité et les secrets de famille. Le vieux revenant de ferme y est distillé en métaphore, signe qu'il avait suffisamment marqué les esprits pour en devenir une.

Dans le jeu, le Gjenganger travaille comme dans la tradition tardive : pas d'assaut, une usure. Tour après tour, son pincement affaiblit le plus fort des vivants d'en face, patiemment, comme une marque bleue qui s'étend.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un gjenganger ?

C'est le revenant du folklore scandinave : un mort qui revient sous forme pleinement corporelle, souvent pour se venger, achever une affaire ou tourmenter les vivants. Le mot signifie littéralement « celui qui marche de nouveau ».

Qu'est-ce que le dødningeknip, le pincement du mort ?

Dans la tradition tardive, le gjenganger pince la peau des dormeurs et y laisse une marque bleue. On disait que le mal remontait ensuite vers le cœur et emportait la victime : c'était la façon discrète du revenant de donner la mort.

Quelle différence entre gjenganger et draugr ?

Ce sont probablement deux noms du même phénomène dans les sources anciennes : le mort corporel qui revient. « Draugr » insiste sur le gardien du tumulus des sagas islandaises, « gjenganger » sur le retour parmi les vivants ; le folklore tardif a spécialisé chacun de son côté.

Comment se protégeait-on des gjengangere ?

Par des rites funéraires précis : porter le cercueil trois fois autour de l'église, peindre des croix sur les portes, élever des tas de pierres ou de branches (varp) sur les lieux de mort violente. Il s'agissait moins de chasser le mort que de l'empêcher de se relever.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipedia (EN) : Gjenganger
  2. Store norske leksikon : gjenganger
  3. Wikipédia : Gjenganger

Gjenganger dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Gjenganger y coûte 2 chandelles pour 2 de puissance, avec cette capacité : « À la fin du tour : -1 à la plus forte carte ennemie ici (le pincement). » À la fin de chaque tour, le Gjenganger affaiblit la plus forte carte ennemie de son lieu : le pincement du mort ne tue pas d'un coup, il marque la victime nuit après nuit jusqu'à ce qu'elle cède.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 2 : Gjenganger frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Gjenganger : Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, ClurichaunGjenganger