L'Utburd

Utburd, créature du folklore (Norvège), illustration

Dans les campagnes de Norvège, on racontait qu'un cri d'enfant montait parfois de la lande, la nuit, loin de toute maison. C'était l'utburd : l'esprit d'un nouveau-né abandonné dans la nature et mort sans nom ni sépulture. De toutes les figures du folklore scandinave, c'est peut-être la plus déchirante, née d'une réalité historique que personne ne pouvait dire à voix haute.

La légende

L'utburd se manifeste d'abord par le son : des pleurs de nourrisson, des cris, des hurlements quelque part dans le noir, là où aucun enfant ne devrait être. Les voyageurs qui les entendaient pressaient le pas, car l'esprit s'en prenait à ceux qui passaient près du lieu de son abandon : il appelait, s'accrochait au dos des marcheurs, se faisait porter.

La tradition suédoise voisine, qui l'appelle myling, précise le fardeau : l'enfant mort exige d'être porté jusqu'au cimetière, en terre consacrée, et devient plus lourd à chaque pas, jusqu'à enfoncer son porteur dans le sol si les forces lui manquent avant l'enceinte de l'église. On disait aussi que l'utburd pouvait changer de forme, grossir démesurément ou prendre l'aspect d'animaux difformes.

Il existait pourtant un moyen de l'apaiser, à la portée de n'importe qui : lui donner ce qu'on lui avait refusé. Les récits norvégiens rapportent la formule d'un baptême de fortune, prononcé vers la nuit : « Je te baptise en espérance, Sigrid ou Jon », un prénom de fille et un de garçon, puisqu'on ignorait son sexe, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Nommé enfin, l'enfant trouvait le repos.

Origines et histoire

Le mot vient du vieux norrois utburdr, « porté dehors » : il désigne littéralement l'enfant qu'on exposait. Dans la Scandinavie préchrétienne, l'abandon des nouveau-nés qu'on ne pouvait pas élever, misère, famine, naissance hors mariage, était une pratique tolérée ; les lois chrétiennes l'interdisent à partir du XIe siècle, sans la faire disparaître des faits.

La légende s'est nourrie de cette histoire longue et sombre. Les historiens norvégiens rappellent que l'infanticide, criminalisé de plus en plus durement après l'ordonnance ecclésiastique de 1607 puis la loi de Christian V en 1687, fut à l'époque absolutiste la première cause d'exécutions de femmes en Norvège. Derrière chaque histoire d'utburd, il y avait des grossesses cachées, des filles-mères acculées et des tombes sans nom dans la lande.

Le folklore a donné à cette réalité une voix, au sens propre : le cri dans la nuit. Les folkloristes y lisent à la fois une mémoire des enfants perdus et un avertissement social, la peur du cri servant de rappel permanent de l'interdit. Une mélodie traditionnelle du Valdres, l'Ola-tjedn, garde la trace de ces récits en imitant la berceuse d'une mère à l'enfant abandonné.

Variantes et cousins

Chaque pays nordique a son enfant qui pleure : utburd en Norvège, myling ou utkasting en Suède, utburdur en Islande, et jusqu'au ihtiriekko finlandais. Les traits varient, le fond reste : un mort sans nom qui réclame ce que les vivants lui doivent.

Dans le set du Grand Gel, l'utburd rejoint deux autres revenants scandinaves qui disent chacun un rapport différent à la mort : le gjenganger, le mort qui revient régler ses comptes avec les vivants, et le draugr, le mort qui refuse de lâcher son bien. L'utburd est le plus innocent des trois : il ne veut ni vengeance ni trésor, seulement un nom et une tombe.

Hors de Scandinavie, sa cousine la plus troublante est la Llorona des traditions hispano-américaines, la pleureuse qui erre au bord des eaux pour des enfants perdus : deux légendes nées à des milliers de kilomètres l'une de l'autre, et qui pleurent le même chagrin.

Dans la culture

L'utburd n'a jamais eu la carrière internationale du troll ou du draugr, sans doute parce que sa matière est trop douloureuse pour l'aventure. Il vit surtout dans les recueils de légendes norvégiennes, les anthologies de fantômes scandinaves et quelques récits d'horreur contemporains qui redécouvrent la puissance du motif : peu de monstres tiennent dans un simple cri.

Les historiens et folkloristes norvégiens continuent de l'étudier comme un document : la légende éclaire l'histoire des femmes, de la pauvreté rurale et de la justice d'Ancien Régime mieux que bien des archives. Le Store norske leksikon, l'encyclopédie nationale, lui consacre une entrée qui rappelle le rituel du baptême de fortune.

Dans le jeu, l'utburd est une petite carte qui ne vaut presque rien en force brute, mais qui ne disparaît jamais vraiment : on peut l'écarter, elle revient. C'est la traduction la plus fidèle possible d'un esprit dont toute la légende tient en une phrase : il revient toujours, tant qu'on ne lui a pas donné sa place.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un utburd dans le folklore norvégien ?

C'est l'esprit d'un nouveau-né abandonné dans la nature et mort sans baptême ni sépulture. Il se manifeste par des cris d'enfant dans la nuit, s'accroche aux passants et hante le lieu de son abandon jusqu'à ce qu'on l'apaise.

Comment apaisait-on un utburd ?

En lui donnant un nom : les récits norvégiens rapportent un baptême de fortune, « Je te baptise en espérance, Sigrid ou Jon », prononcé avec un prénom de fille et un de garçon puisqu'on ignorait son sexe. L'enterrement en terre consacrée comptait aussi.

Quelle est la différence entre utburd et myling ?

C'est essentiellement le même être sous deux noms : utburd en Norvège, myling en Suède. La tradition suédoise insiste sur le fardeau : l'enfant mort saute sur le dos d'un passant et exige d'être porté au cimetière, devenant plus lourd à chaque pas.

La légende de l'utburd a-t-elle un fond historique ?

Oui. L'exposition des nouveau-nés était pratiquée dans la Scandinavie ancienne et l'infanticide a persisté malgré son interdiction : en Norvège, il fut à l'époque absolutiste la première cause d'exécutions de femmes. La légende garde la mémoire de ces enfants sans nom.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipedia (EN) : Myling (utburd, útburður)
  2. Store norske leksikon : utburd (article d'Ane Ohrvik, Université d'Oslo)
  3. Wikipédia norvégien : Utburd (contexte historique et juridique)

Utburd dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Utburd y coûte 1 chandelle pour 0 de puissance, avec cette capacité : « Détruit : revient en main (il revient toujours). » Détruit, l'Utburd revient en main au lieu de disparaître : comme dans la légende, on peut le chasser mais pas s'en débarrasser, il revient toujours tant qu'on ne lui a pas donné sa place.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 1, puissance 0 : Utburd frappe plus fort que 0 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Utburd : La Chaîne, Matagot, Tió de NadalUtburd