L'Elverpige

Elverpige, créature du folklore (Danemark), illustration

Dans les prairies du Danemark, quand la brume du soir s'accroche aux tertres funéraires, on disait qu'il ne fallait accepter aucune invitation à danser. La jeune fille en robe blanche qui vous tend la main est parfaite de face ; mais qu'elle se retourne, et son dos est creux comme un tronc évidé. C'est l'elverpige, la fille des elfes, la plus jolie menace du folklore danois.

La légende

Les elverfolk, le peuple des elfes danois, vivent dans les tertres, les bois et les prairies humides, sous l'autorité d'un roi des elfes. Leurs filles sont la partie visible et fatale du royaume : des jeunes filles d'une beauté lumineuse, cheveux dénoués, qui dansent en rond au clair de lune et dans la brume du matin. Là où elles ont dansé, l'herbe garde des cercles que les paysans appelaient cercles d'elfes, et qu'on évitait de piétiner.

Leur signe distinctif est dans le dos : belles de face, elles sont creuses derrière, vides comme un pétrin ou une écorce. Le détail, rapporté par les collecteurs danois depuis le XIXe siècle, fait tout le personnage : la séduction elfique est une façade au sens propre, et il suffirait d'un pas de côté pour voir qu'il n'y a personne derrière la beauté. Encore faut-il faire ce pas avant d'avoir pris la main tendue.

Car la danse est un piège de temps autant que de cœur. Celui qui entre dans la ronde en ressort à l'aube, persuadé d'avoir dansé quelques heures : au village, des années ont passé. D'autres récits sont plus expéditifs : les elverpiger jouent d'un instrument qui ravit le cœur des jeunes gens, et ceux qui les suivent dans le tertre n'en redescendent pas. Offensées, elles savent aussi rendre malade d'un souffle : le folklore danois se protégeait d'elles par des croix d'elfes gravées sur les portes et portées en talisman.

Origines et histoire

L'elverpige appartient au vieux fonds scandinave des elfes, mais sa forme danoise a ses particularités. Le mot elle, qui donne ellefolk et elverfolk, a été rapproché du sureau (hyld) comme de l'aulne (el), deux arbres tenus pour sacrés et magiques : le peuple des elfes est d'abord un peuple des arbres et des lieux humides. Les tertres où ils demeurent, les elverhøje, sont bien réels : ce sont les tumulus de l'âge du bronze qui ponctuent les campagnes danoises, et la croyance leur a longtemps servi de gardienne.

Les folkloristes du XIXe siècle, à commencer par les collecteurs danois et leurs traducteurs européens, ont fixé le portrait : la belle danseuse au dos creux, le roi des elfes, les rondes nocturnes, la musique irrésistible. Ils notent aussi l'évolution du personnage : les grands esprits de la nature préchrétiens se sont peu à peu réduits, au fil des siècles, à des êtres plus petits et plus espiègles, sous l'influence des courants européens de la croyance aux fées.

La leçon sociale, elle, n'a jamais changé : l'elverpige punit l'imprudence des jeunes gens qui traînent seuls hors du village à la tombée du jour. La brume des prairies danoises suffit à comprendre d'où vient l'image : des silhouettes blanches qui ondulent au ras de l'herbe, il n'en faut pas plus.

Variantes et cousins

Le dos truqué est une signature scandinave : la huldra norvégienne cache une queue de vache et un dos d'écorce, la skogsrå suédoise un dos creux et pourri comme une vieille souche. L'elverpige est la déclinaison danoise de ce motif, en plus vaporeux : pas de forêt profonde ici, mais des prés, des tertres et de la brume. Dans le set, elle danse aux côtés des Dames vertes françaises, autres beautés de lisière au charme à double fond.

Le roi des Aulnes, déjà au jeu, est son parent direct : la ballade de Goethe s'enracine dans ce même monde des elfes danois, jusqu'au nom. Et le nokken, musicien des eaux nordiques, partage avec les filles des elfes l'arme la plus déloyale du folklore scandinave : une musique qu'on ne peut pas refuser.

Dans la culture

C'est Hans Christian Andersen qui a offert aux elfes danois leur scène la plus célèbre : dans son conte Le Tertre des elfes (Elverhøj, 1845), le roi des elfes reçoit un chef des trolls de Norvège venu marier ses fils, et les filles de la maison dansent pour les invités. Andersen s'amuse du détail canonique : la vieille demoiselle d'honneur du roi n'a pas de dos, et les filles dansent si vite qu'on ne sait plus laquelle est devant, laquelle est derrière.

Entre la ballade d'Elveskud, reprise dans toute la Scandinavie, le théâtre danois et les illustrateurs romantiques, la fille des elfes est devenue l'une des images les plus reconnaissables du Nord : la ronde blanche dans la brume, à la fois invitation et épitaphe. La carte du jeu retient sa solitude essentielle : c'est quand elle danse seule, sans témoin pour voir son dos, que l'elverpige est la plus dangereuse.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une elverpige ?

Une fille des elfes du folklore danois : une jeune fille d'apparence magnifique qui danse en rond près des tertres, dans la brume du soir ou du matin, pour attirer les jeunes gens. Son signe distinctif est son dos creux, vide comme un tronc évidé ou un pétrin, invisible tant qu'elle vous fait face.

Pourquoi les elverpiger ont-elles le dos creux ?

Le folklore ne l'explique pas : le détail fonctionne comme une marque de l'inhumanité cachée derrière la beauté, sur le même modèle que la queue de vache de la huldra norvégienne. La séduction elfique est littéralement une façade, et seul un regard par-derrière révèle la supercherie.

Que risque-t-on à danser avec les elfes danois ?

Le temps et la raison. Les récits racontent que celui qui entre dans la ronde croit danser quelques heures quand des années passent au village, que la musique des elfes ravit le cœur au point qu'on ne peut plus partir, et que ceux qui suivent une elverpige dans son tertre n'en ressortent pas.

Les tertres des elfes existent-ils vraiment ?

Oui : les elverhøje du folklore sont les tumulus préhistoriques, notamment de l'âge du bronze, qui parsèment les campagnes danoises. La croyance aux elfes leur a servi de protection pendant des siècles, personne ne tenant à creuser le tertre d'un roi des elfes.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipedia (DA) : Elverfolk
  2. H.C. Andersen Centret (Université du Danemark du Sud) : The Elf Mound, traduction Jean Hersholt
  3. Nightbringer : Ellefolk (folklore danois)

Elverpige dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Elverpige y coûte 2 chandelles pour 3 de puissance, avec cette capacité : « Seule de son côté, à sa révélation : sa puissance devient celle de la carte ennemie la plus forte d'ici. » Seule de son côté, la carte prendrait la mesure exacte de la plus forte carte ennemie du lieu : l'elverpige ne vaut que par ce qu'on veut bien voir d'elle, parfaite tant qu'on la regarde de face, et il suffit d'un témoin dans son dos pour que rien n'opère plus.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 3 : Elverpige frappe plus fort que 33 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Elverpige : Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaineElverpige