Le Cat Sìth

Dans les Highlands d'Écosse, on ne laissait jamais un mort sans surveillance : un grand chat noir pouvait passer avant l'enterrement et emporter l'âme avec lui. Le Cat Sìth, chat féerique de la taille d'un chien, tout noir sauf une tache blanche au poitrail, est l'une des créatures les plus étranges du folklore écossais. Et une fois par an, à Samhain, il vient vérifier qu'on a bien pensé à lui.
La légende
La tradition des Highlands décrit le Cat Sìth comme un chat immense, aussi grand qu'un chien, au pelage entièrement noir relevé d'une seule tache blanche sur la poitrine. Il se déplace le dos arqué, les poils hérissés, et certains récits assurent que, lorsqu'il se croit seul, il marche sur ses pattes arrière comme un homme. Ce n'est pas un animal : c'est une créature du sìth, le monde des tertres féeriques, dont il porte le nom.
Sa réputation la plus noire touche aux morts. Les Highlanders croyaient que le Cat Sìth pouvait dérober l'âme d'un défunt en passant sur le corps avant l'enterrement. On organisait donc des veillées appelées Fèill Fhadalach, la « veillée tardive », pour garder le mort nuit et jour : on éteignait le feu qui attire les chats, on jouait de la musique, on lançait des devinettes et des jeux de lutte, on répandait même de l'herbe à chat dans les autres pièces pour détourner la créature du cercueil.
À Samhain, la nuit qui a donné naissance à Halloween, le rapport s'inversait. La coutume voulait qu'on laisse une soucoupe de lait devant la maison : le Cat Sìth bénissait alors le foyer pour l'année. Celui qui oubliait l'offrande s'exposait à sa malédiction, et la plus redoutée touchait le bétail : les vaches de la maison ne donnaient plus de lait.
Origines et histoire
Certains récits font du Cat Sìth non pas une fée mais une sorcière métamorphosée. Elle pouvait prendre neuf fois la forme d'un chat noir ; à la neuvième transformation, elle y restait enfermée pour toujours. Les folkloristes voient dans cette variante l'une des origines possibles de la croyance selon laquelle un chat possède neuf vies.
La tradition rapporte aussi un rituel d'invocation aussi cruel que célèbre, le taghairm : en rôtissant des chats vivants pendant quatre jours et quatre nuits, on faisait surgir un Cat Sìth démoniaque nommé « Grandes Oreilles » (Big Ears), qui exauçait un vœu pour faire cesser le supplice. Une dernière taghairm aurait encore été rapportée en 1824 dans la presse littéraire londonienne ; on mesure surtout, à travers ce récit, la peur très réelle qu'inspirait la créature.
Reste une question que les zoologues ont fini par éclairer : et si le Cat Sìth avait existé ? Le chat de Kellas, hybride rare entre le chat sauvage d'Écosse et le chat domestique, est un grand félin noir au poil long qui vit précisément dans les Highlands. Plusieurs spécimens ont été authentifiés depuis les années 1980, et beaucoup y voient l'animal bien réel qui a nourri la légende, jusqu'à sa silhouette haute sur pattes.
Variantes et cousins
Le Cat Sìth a un frère d'armes dans le bestiaire féerique écossais : le Cù Sìth, le chien vert des tertres, dont trois aboiements suffisent à tuer. Le chat vole les âmes des morts, le chien emporte celles des vivants : à eux deux, ils encadrent toute l'existence d'un Highlander.
Dans le set de la Grande Peur, il voisine aussi avec la Glaistig, autre créature ambivalente des Highlands qu'on apaise avec du lait, et l'on pense évidemment au Matagot occitan, chat d'argent qu'il faut nourrir en premier, ou au Black Shuck anglais pour la robe noire et l'effroi.
L'Irlande connaît le même chat sous le nom de cait sídhe. Les récits irlandais l'entraînent parfois vers le motif du « roi des chats » : un voyageur raconte avoir vu des chats enterrer un roi couronné, et son propre chat de cheminée bondit alors en criant qu'il est désormais roi, avant de disparaître dans la nuit.
Dans la culture
La tache blanche au poitrail, détail signé de la tradition, a traversé les siècles : c'est elle qui distingue le Cat Sìth d'un simple chat noir dans les illustrations modernes, des livres de contes écossais aux jeux vidéo. La créature apparaît dans de nombreuses œuvres de fantasy, souvent sous son orthographe anglicisée cat sith, et le Japon lui-même l'a adoptée dans ses bestiaires vidéoludiques.
En Écosse, le chat noir reste étonnamment un porte-bonheur : croiser un chat noir y annonce traditionnellement la prospérité, à rebours de la superstition continentale. On retrouve là l'écho direct de la soucoupe de lait de Samhain, quand la bête bénissait les maisons qui l'honoraient.
Dans Crie au loup, le Cat Sìth rôde en éclaireur du set de la Grande Peur : une petite carte de nuit, discrète et têtue, exactement comme le chat qu'on aperçoit sur un muret au crépuscule sans jamais savoir s'il faut le saluer ou rentrer les vaches.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Cat Sìth dans le folklore écossais ?
Un chat féerique des Highlands, grand comme un chien, entièrement noir avec une tache blanche sur la poitrine. La tradition en fait tantôt une fée des tertres, tantôt une sorcière capable de se changer neuf fois en chat. On le craignait surtout pour son pouvoir de voler l'âme des morts avant l'enterrement.
Pourquoi laissait-on du lait au Cat Sìth à Samhain ?
La coutume voulait qu'à Samhain, l'ancêtre celtique d'Halloween, on dépose une soucoupe de lait devant la maison. Le Cat Sìth bénissait les foyers généreux ; ceux qui oubliaient l'offrande risquaient de voir leurs vaches ne plus donner de lait.
Le Cat Sìth a-t-il réellement existé ?
Une explication naturelle existe : le chat de Kellas, hybride entre chat sauvage écossais et chat domestique, est un grand félin noir bien réel des Highlands, authentifié depuis les années 1980. Beaucoup y voient l'animal qui a inspiré la légende.
Quel lien entre le Cat Sìth et les neuf vies des chats ?
Dans une variante de la légende, le Cat Sìth est une sorcière qui peut se transformer neuf fois en chat ; à la neuvième, elle reste chat pour toujours. Les folkloristes y voient l'une des origines possibles de la croyance aux neuf vies des chats.
Légendes voisines
Sources
Cat Sìth dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Cat Sìth y coûte 1 chandelle pour 2 de puissance, avec cette capacité : « Sa puissance est doublée la nuit (il ne montre sa vraie taille qu'une fois les lanternes éteintes). » La carte traduit le chat de Samhain en rôdeur nocturne : tant que la nuit couvre la veillée, le Cat Sìth gagne en puissance, comme la créature qui ne montre sa vraie taille qu'une fois les lanternes éteintes.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 1, puissance 2 : Cat Sìth frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.