Le Bécut

Bécut, créature du folklore (Pyrénées gasconnes), illustration

Dans les montagnes de Gascogne vivait un géant haut de sept toises, avec un seul œil au milieu du front. Le Bécut gardait des troupeaux de vaches et de brebis aux cornes d'or, et quand un chrétien passait à portée de sa main, il le faisait cuire sur le gril. L'Odyssée à l'accent gascon ? Exactement. Et c'est ce qui rend ce cyclope pyrénéen passionnant : il prouve que les contes voyagent depuis trois mille ans, et qu'ils prennent l'accent du pays où ils s'arrêtent.

La légende

Le conte type, tel qu'on le racontait dans le Gers, met en scène deux enfants pauvres, un frère et une sœur, partis chercher fortune au pays des Bécuts, où paissent les troupeaux aux cornes d'or. Capturés par le géant, ils découvrent sa caverne, son gril et son appétit : le Bécut mange les chrétiens, et il commence par la sœur. Le frère, lui, gagne du temps en racontant des histoires : le monstre aime qu'on l'amuse, et l'on ne mange pas son conteur.

Vient la nuit où le géant s'endort. Le garçon saisit un pieu durci au feu et le plante dans l'œil unique. Le Bécut aveuglé hurle et tâtonne, gardant la sortie de la caverne où ses bêtes sont parquées. Le garçon s'enveloppe alors dans une peau de mouton, se glisse à quatre pattes parmi le troupeau, et passe sous les mains mêmes du monstre qui palpe chaque bête au passage. La ruse est vieille comme Ulysse, et elle marche toujours.

La version gasconne a ses grâces propres : la sœur, protégée par la petite croix d'argent que sa mère lui avait donnée, est retrouvée vivante, et les deux enfants rentrent au village avec quatre-vingt-dix-neuf cornes d'or. Le géant, lui, finit comme finissent les Bécuts : aveugle, berné, et ruiné par plus petit que lui.

Origines et histoire

Le Bécut entre dans la littérature grâce à Jean-François Bladé, le grand collecteur gascon, qui publie en 1886 ses Contes populaires de la Gascogne. Le conte du Bécut y figure parmi les récits recueillis de la bouche des conteuses, notamment Pauline Lacaze, de Panassac dans le Gers, avec des variantes recueillies à Mirande et Lectoure. Bladé lui-même souligne la parenté évidente avec Polyphème : son Bécut est un Ulysse et le Cyclope passé par les cuisines gasconnes.

Le nom fait débat : les glossaires gascons le rattachent à « bec », le Bécut serait « celui qui a un bec », alors même qu'aucun conte ne lui en prête un. D'autres y entendent simplement la grosseur et la gloutonnerie. Quant à sa taille de sept toises, environ treize mètres, elle relève du langage des conteurs : assez grand pour enjamber les estives, assez bête pour se faire crever l'œil.

Les folkloristes notent que le géant borgne dévoreur, aveuglé par un captif rusé qui s'échappe sous une peau de bête, se retrouve des Balkans au Pays basque : le motif est l'un des plus universels du conte européen. La montagne pyrénéenne en héberge plusieurs versions locales, et la Gascogne a donné au sien un état civil et un garde-manger.

Variantes et cousins

Le plus proche parent du Bécut vit de l'autre côté des cols : le Tartaro basque, cyclope pastoral lui aussi, avec des cousins jusqu'en Ariège. Tous gardent des troupeaux, tous mangent des chrétiens, tous finissent aveugles : la chaîne pyrénéenne est une internationale du géant borgne. Dans le set des Bêtes de France, le Bécut représente la haute montagne gasconne, face au lou carcolh des Landes voisines : le géant d'en haut et le monstre d'en dessous, les deux terreurs du Sud-Ouest.

Dans le jeu, il rejoint la famille des géants déjà en place : l'ogre des contes, dont il partage le régime et la naïveté, et le géant des montagnes, son collègue de massif. La différence est dans l'œil : toute la vulnérabilité du Bécut tient dans cet organe unique, et les conteurs gascons, comme Homère avant eux, ont fait de cette faiblesse anatomique le pivot du récit. Un monstre parfait n'intéresse personne ; un monstre avec un défaut de conception, voilà un conte.

Dans la culture

Les Contes populaires de la Gascogne de Bladé sont devenus un monument des lettres d'oc, réédités sans relâche et disponibles aujourd'hui en ligne, de Gallica à Wikisource. Le Bécut y a gagné une postérité que peu d'ogres régionaux connaissent : les sites de patrimoine gascon le racontent aux nouvelles générations, et il figure en bonne place dans les anthologies du merveilleux pyrénéen.

Il offre aussi un cas d'école savoureux pour qui s'intéresse à la circulation des récits : voilà un épisode de l'Odyssée, composé en Méditerranée il y a près de trois mille ans, retrouvé au XIXe siècle dans la bouche d'une conteuse du Gers, avec une croix d'argent en plus et des cornes d'or en prime. Les contes ne connaissent ni frontières ni douanes : ils passent les cols, comme les troupeaux, et s'acclimatent où l'herbe est bonne.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Bécut ?

C'est le cyclope des contes gascons : un géant à l'œil unique, haut de sept toises selon les conteurs, qui garde des troupeaux aux cornes d'or dans les montagnes et fait cuire les chrétiens qu'il capture. Jean-François Bladé en a publié le conte de référence en 1886.

Comment échappe-t-on au Bécut ?

Comme à Polyphème : dans le conte recueilli par Bladé, le jeune captif crève l'œil unique du géant endormi avec un pieu durci au feu, puis s'échappe de la caverne dissimulé sous une peau de mouton, en se glissant parmi le troupeau que le géant aveugle palpe au passage.

Le Bécut est-il une copie du cyclope d'Homère ?

C'est le même motif de conte, attesté dans toute l'Europe, et Bladé lui-même notait la parenté avec l'épisode de Polyphème dans l'Odyssée. La version gasconne y ajoute ses traits propres : les cornes d'or, la petite croix d'argent protectrice, et le cadre pastoral pyrénéen. On trouve des cousins proches comme le Tartaro basque.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Bécut
  2. Wikisource : Bladé, Contes populaires de la Gascogne, Le Bécut
  3. Chroniques gasconnes : Le Bécut, l'ogre gascon des contes de Bladé

Bécut dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Bécut y coûte 2 chandelles pour 5 de puissance, avec cette capacité : « Perd 2 tant qu’une carte ennemie lui fait face (son œil unique est une cible). » La carte perdrait de sa superbe dès qu'un ennemi lui fait face : contre un géant qui n'a qu'un œil au milieu du front, n'importe qui sait où viser. Toute la légende gasconne tient dans cette cible unique, et c'est par là que les contes finissent toujours par en venir à bout.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 2, puissance 5 : Bécut frappe plus fort que 58 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Bécut : DahuBécut