La Kumiho

Kumiho, créature du folklore (Corée), illustration

L'Asie de l'Est entière raconte des renardes à neuf queues, mais la Corée a gardé la version la plus noire. La kumiho prend l'apparence d'une femme superbe pour approcher les hommes, et ce qu'elle cherche sous les côtes n'est pas leur amour : c'est leur foie, ou leur cœur. Elle porte pourtant en elle une perle précieuse et un espoir tenace, celui de devenir humaine pour de bon.

La légende

La tradition la décrit comme une renarde qui a vécu assez longtemps, souvent mille ans, pour accumuler des pouvoirs surnaturels, à commencer par celui de se changer en jeune femme d'une beauté irrésistible. Sous cette forme, elle épouse, séduit, s'invite au village. Mais l'appétit finit toujours par percer : la kumiho des contes coréens dévore le foie ou le cœur de ses victimes, et certains récits la montrent rôdant la nuit dans les collines funéraires pour déterrer les morts frais.

Son attribut le plus fascinant est la yeowoo guseul, la « perle de renard », une bille qu'elle garde en bouche et par laquelle elle aspire l'énergie vitale des humains au fil des baisers. La légende ajoute un retournement superbe : celui qui parvient à avaler la perle vole à la renarde son savoir. Selon les récits, il gagne la connaissance du ciel s'il regarde le ciel en l'avalant, de la terre s'il regarde le sol.

Reste l'espoir, propre aux versions coréennes : une kumiho peut devenir humaine. Les conditions varient selon les contes, la plus connue exigeant qu'elle s'abstienne de chair humaine pendant mille jours. Mille jours de faim contre une vie de femme : la plupart des récits la montrent échouant à la dernière nuit, trahie par sa nature ou par un humain qui rompt sa promesse. C'est cette tension, entre la bête et la femme qu'elle voudrait être, qui fait de la kumiho un personnage de tragédie plus que de simple épouvante.

Origines et histoire

La renarde à neuf queues est née en Chine, où le jiuweihu apparaît dès les textes anciens, avant d'essaimer au Japon (kitsune à neuf queues) et en Corée. Les spécialistes notent que le renard surnaturel coréen ancien était d'abord un métamorphe au pelage blanc, et que la variante à neuf queues proprement dite s'impose à partir de l'époque de Goryeo, où les poètes en font une métaphore des courtisans fourbes.

Là où la Chine et le Japon ont fini par intégrer leurs renardes au religieux, jusqu'à faire du renard le messager de la divinité Inari chez les Japonais, la Corée confucéenne s'est méfiée de ces vénérations : sa renarde est restée majoritairement mauvaise, figure de la séduction trompeuse et de la femme prédatrice. Le mot kumiho a même servi d'insulte pour des femmes jugées manipulatrices, un usage que les lectures féministes contemporaines s'emploient à retourner.

Sous la dynastie Joseon, les recueils de contes multiplient les portraits : renarde démoniaque des collines, fausse épouse démasquée par un chien qui grogne, ou sœur monstrueuse du conte de la « sœur renarde », qui décime le bétail familial nuit après nuit. Le répertoire oral coréen en conserve des dizaines de versions, preuve d'une figure profondément installée dans l'imaginaire du pays.

Variantes et cousins

La comparaison familiale s'impose d'elle-même : la húlijīng chinoise, présente dans ce même set, est une séductrice ambivalente qui peut s'élever jusqu'au rang de renarde céleste, et la kitsune japonaise va de la farceuse à la messagère divine. La kumiho est la sœur sombre du trio : même neuf queues, même beauté, mais un appétit que les deux autres n'assument qu'à moitié.

Toutes les kumiho ne tuent pourtant pas. Des contes la montrent amoureuse sincère, épouse fidèle démasquée trop tôt, ou créature qui aide un héros en échange d'une promesse. Le motif de la transformation manquée revient alors comme une morale amère : c'est souvent l'humain, incapable de tenir parole mille jours, qui condamne la renarde à rester bête.

Dans le set du Bal des Masques, elle chasse aux côtés de ses compatriotes, le dokkaebi farceur et le bulgae dévoreur de lune, et fait face à sa cousine chinoise húlijīng. Chez les cartes déjà en jeu, la kitsune japonaise complète la triade des renardes, et les amateurs de dévoreuses d'organes penseront à la penanggalan malaise, autre prédatrice nocturne au visage aimable le jour.

Dans la culture

La kumiho est une star absolue de la fiction coréenne contemporaine. Dramas et films la réinventent sans cesse, de la comédie romantique My Girlfriend Is a Gumiho à la fresque fantastique Tale of the Nine Tailed, le plus souvent en héroïne tiraillée entre sa nature et son désir d'humanité, inversion complète du monstre des contes.

Cette réhabilitation moderne dit quelque chose de l'époque : la renarde jadis brandie pour se méfier des femmes trop belles est devenue un personnage auquel on s'identifie, précisément parce qu'elle lutte contre ce qu'on dit d'elle. Les folkloristes y voient l'un des retournements les plus nets du bestiaire est-asiatique.

Dans Crie au loup, la Kumiho reste fidèle à la version des veillées : à sa révélation, elle dévore l'allié le plus faible du lieu et absorbe sa force. Une carte qui exige qu'on lui prépare son repas, exactement comme la renarde choisit sa proie avant de sourire.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la kumiho, la kitsune et la huli jing ?

Ce sont les trois renardes à neuf queues d'Asie de l'Est : huli jing en Chine, kitsune au Japon, kumiho en Corée. La chinoise est ambivalente, la japonaise va de la farceuse à la messagère divine, la coréenne est restée la plus sombre : dans la plupart des contes, elle dévore le foie ou le cœur de ses victimes.

Qu'est-ce que la perle de la kumiho ?

La yeowoo guseul, ou perle de renard, est une bille que la kumiho garde en bouche et qui lui sert à aspirer l'énergie vitale des humains. Selon la légende, celui qui parvient à l'avaler retourne le pouvoir contre elle et gagne un grand savoir, du ciel ou de la terre selon l'endroit où se porte son premier regard.

Une kumiho peut-elle devenir humaine ?

Oui, c'est la grande particularité des versions coréennes : la transformation est possible mais conditionnelle. La variante la plus connue exige qu'elle renonce à la chair humaine pendant mille jours. Beaucoup de contes la montrent échouant de justesse, souvent à cause d'un humain qui ne tient pas sa promesse.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Renard à neuf queues (section Kumiho)
  2. Wikipédia (EN) : Gumiho
  3. USC Digital Folklore Archives : Gumiho
  4. 90 Day Korean : Korean myths (section Gumiho)

Kumiho dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Kumiho y coûte 3 chandelles pour 2 de puissance, avec cette capacité : « La nuit, à sa révélation : dévore l'allié le plus faible d'ici et absorbe sa puissance. » La carte traduit l'appétit de la légende : à sa révélation, la Kumiho dévore l'allié le plus faible du lieu et fait sienne sa force, comme la renarde absorbe l'énergie vitale de ses proies par sa perle.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 3, puissance 2 : Kumiho frappe plus fort que 14 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Bécut, Dahu (2/5)Black Annis, Chimère, Curupira, Dullahan, Isonade, Joulupukki… (4/6)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Kumiho : Basilic, Kuchisake-onna, L’Écho, Lavandières de nuit, Le CadetKumiho