L'Each-uisge

Dans les Highlands d'Écosse, un beau cheval qui paît seul au bord d'un loch n'est jamais une aubaine. C'est peut-être l'each-uisge, le cheval d'eau des lochs et des bras de mer, dont la folkloriste Katharine Briggs disait qu'il était sans doute le plus féroce et le plus dangereux de tous les chevaux d'eau des îles Britanniques. Le kelpie noie ses victimes ; l'each-uisge, lui, les mange.
La légende
L'each-uisge, « cheval d'eau » en gaélique écossais, hante les lochs, les bras de mer et les eaux profondes des Highlands et des îles. Comme son cousin le kelpie, c'est un métamorphe : il apparaît en cheval superbe, en poney placide, parfois en homme séduisant, ou même en oiseau démesuré. Sous forme humaine, un détail le trahit : les herbes d'eau, le sable et la vase emmêlés dans ses cheveux.
Sa méthode est d'une cruauté parfaite. Tant qu'on le monte loin de l'eau, l'each-uisge est une monture docile, presque agréable. Mais qu'il aperçoive ou seulement sente le loch, et sa peau devient adhésive : le cavalier ne peut plus descendre. La bête s'élance alors vers l'eau, plonge au plus profond et dévore sa proie. La tradition ajoute un détail d'une précision macabre : de la victime, il ne laisse que le foie, qui remonte flotter à la surface. C'est ainsi que les riverains apprenaient qu'un des leurs avait rencontré le cheval.
Les récits des Highlands regorgent de ses méfaits, dont la fameuse histoire des enfants : plusieurs grimpent sur le dos d'un poney trouvé au bord de l'eau, le dos s'allonge pour tous les accueillir, et le dernier, méfiant, qui n'a posé qu'un doigt, doit se le couper pour ne pas suivre les autres au fond. On raconte aussi comment un forgeron, dont l'each-uisge avait pris la fille, le piégea avec des crochets rougis au feu : au matin, il ne restait de la bête qu'une flaque gélatineuse, comme une méduse échouée.
Origines et histoire
Le cheval d'eau appartient au fonds commun des peuples celtiques et nordiques : l'Irlande a son aughisky, l'île de Man son cabyll-ushtey, la Scandinavie son bäckahäst. En Écosse, la tradition distingue soigneusement deux espèces : le kelpie, esprit des rivières et des torrents, et l'each-uisge, maître des lochs et de la mer, réputé bien plus dangereux. La frontière glisse selon les régions, mais les collecteurs gaéliques tenaient à la distinction.
Les récits ont été fixés au XIXe siècle par les grands collecteurs du folklore gaélique, puis synthétisés au XXe par Katharine Briggs dans son encyclopédie des fées, qui reste la référence sur la hiérarchie des chevaux d'eau britanniques. Plus le plan d'eau était profond et froid, plus son cheval était féroce : l'each-uisge est le prédateur des eaux où l'on ne réchappe pas.
Les folkloristes lisent dans cette légende la même fonction que pour le kelpie, portée à l'échelle du danger réel : les lochs des Highlands sont profonds, glacés, et bordés de pentes traîtresses. Un conte qui apprend aux enfants et aux voyageurs à se méfier des montures trop belles, et qui donne un récit aux disparitions, avait là-bas une utilité très concrète. Le foie qui remonte est le détail de trop qui fait vraie toute l'histoire.
Variantes et cousins
Le kelpie est son double des rivières, si proche que les deux noms se confondent souvent : même dos adhésif, même plongeon final. Nessie elle-même, la créature du Loch Ness, est parfois rattachée à cette vieille famille : avant d'être un plésiosaure médiatique, la bête du loch était un each-uisge parmi d'autres.
Dans le set des Grandes Marées, il retrouve le dobhar-chú irlandais, la loutre-roi tueuse des loughs : deux prédateurs celtiques des eaux douces, l'un déguisé, l'autre à découvert. Les hommes bleus du Minch complètent le tableau écossais, à ceci près qu'eux laissent une chance de s'en tirer en parlant bien : l'each-uisge n'a jamais laissé de chance à personne.
Plus largement, il appartient à la famille mondiale des montures piégées, du bäckahäst scandinave au pooka irlandais. Partout la même leçon : ce qui vous porte peut vous emporter.
Dans la culture
L'each-uisge est moins célèbre que le kelpie, dont le nom a été popularisé par la littérature et par les sculptures monumentales de Falkirk, mais les amateurs de folklore le tiennent pour l'original le plus sombre. Les jeux de rôle et la fantasy anglo-saxonne le distinguent d'ailleurs volontiers du kelpie, réservant à l'each-uisge le rôle du monstre sans rédemption.
En Écosse, il survit dans la toponymie gaélique et dans les récits des guides des Highlands, qui ne manquent jamais de raconter l'histoire du foie flottant aux visiteurs des lochs. C'est un service que le folklore rend encore au tourisme : personne ne se baigne tout à fait pareil dans un loch après l'avoir entendue.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre l'each-uisge et le kelpie ?
Le kelpie hante plutôt les rivières et les torrents, l'each-uisge les lochs et les bras de mer, et il est réputé beaucoup plus féroce : il ne se contente pas de noyer ses victimes, il les dévore au fond de l'eau, ne laissant remonter que le foie. La distinction varie selon les régions d'Écosse.
Comment reconnaître un each-uisge ?
Sous forme de cheval, méfiez-vous d'une monture superbe et solitaire au bord d'un loch, trop docile pour être honnête. Sous forme humaine, la tradition dit qu'il se trahit par les herbes d'eau, le sable ou la vase pris dans ses cheveux.
Peut-on tuer un each-uisge ?
Les récits en gardent un exemple fameux : un forgeron des Highlands, pour venger sa fille, l'attira avec de la viande rôtie et le harponna avec des crochets portés au rouge. Au matin, il ne restait de la créature qu'une masse gélatineuse, comme une méduse échouée : le cheval d'eau n'a pas de substance loin de son loch.
Légendes voisines
Sources
Each-uisge dans Crie au loup
Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Each-uisge y coûte 3 chandelles pour 6 de puissance, avec cette capacité : « Sur un lieu aquatique, à la fin de chaque tour : arrache 1 de puissance à un de vos alliés d'ici (qui le monte ne redescend pas). » Sa capacité, qui arrache un peu de force à l'un de vos propres alliés à chaque fin de tour au bord de l'eau, dit exactement ce que la tradition écossaise reproche au cheval d'eau : ce n'est pas un adversaire, c'est une monture. Qui grimpe dessus ne redescend pas, et le prix se paie dans votre camp.
On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.
La carte parmi les 252
Coût 3, puissance 6 : Each-uisge frappe plus fort que 71 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.