La Chimère

Chimère, créature du folklore (Lycie), illustration

C'est le monstre qui a donné son nom à tous les assemblages impossibles. La Chimère, dit Homère, était « lion par-devant, serpent par-derrière, chèvre au milieu », et soufflait un feu terrible. Elle ravageait la Lycie, en Asie Mineure, jusqu'à ce qu'un jeune exilé monté sur un cheval ailé règle la question depuis les airs. Le monstre est mort, le mot a survécu : nos chimères sont ses filles.

La légende

La Chimère apparaît au chant VI de l'Iliade, dans le récit que fait Glaucus de son ancêtre Bellérophon. Le portrait tient en une ligne, la plus efficace de la tératologie grecque : tête de lion, queue de dragon, corps de chèvre sauvage, et une haleine de flammes dévorantes. L'iconographie précisera l'assemblage : un corps de lionne, une tête de chèvre plantée au milieu du dos, et la queue terminée en serpent, trois têtes pour trois bêtes cousues ensemble. Hésiode, dans la Théogonie, lui donne trois têtes crachant le feu et la range dans la pire famille du bestiaire : fille de la vipère Échidna, sœur de Cerbère et de l'hydre.

Sa mort est une histoire de calcul. Bellérophon, jeune héros injustement accusé, est envoyé par le roi de Lycie affronter la Chimère, mission dont personne ne revient. Mais il monte Pégase, le cheval ailé né du sang de Méduse : le feu de la bête ne monte pas jusqu'au ciel. Depuis les airs, Bellérophon la crible de flèches ; une tradition ajoute un raffinement, une lance à pointe de plomb enfoncée dans la gueule du monstre, où le métal fond et brûle la bête de l'intérieur. Tuée par son propre feu : les Grecs aimaient que les monstres signent leur propre arrêt.

Vainqueur trop heureux, Bellérophon voulut ensuite monter jusqu'à l'Olympe ; Zeus envoya un taon piquer Pégase, et le héros retomba. La leçon vaut pour toutes les chimères : on peut les vaincre, pas les enjamber pour rejoindre les dieux.

Origines et histoire

La Chimère a une adresse, et c'est une des plus belles curiosités du dossier : en Lycie, l'actuelle Turquie du sud-ouest, un site nommé Yanartaş, près d'Olympos, brûle depuis l'Antiquité. Des évents de gaz naturel y sortent de la roche et s'enflamment spontanément : des dizaines de petites flammes éternelles sur un flanc de montagne. Les Anciens appelaient déjà ce lieu le mont Chimère, et bien des commentateurs, depuis l'Antiquité, voient dans ces feux inextinguibles la source du monstre cracheur de flammes. La géologie a écrit le premier brouillon du mythe.

Le nom même de la bête est un paradoxe : chimaira, en grec, désigne simplement une jeune chèvre. Le monstre le plus terrifiant de Lycie porte un nom de chevrette, sans doute à cause de la tête caprine, la plus étrange de son anatomie, celle qui ne sert ni à mordre ni à frapper mais qui rend l'assemblage véritablement monstrueux : un fauve à queue de serpent serait presque normal ; c'est la chèvre au milieu qui fait le cauchemar.

Très tôt, la Chimère est devenue chez les Grecs eux-mêmes un symbole plus qu'une bête : dès l'Antiquité, les rationalistes proposaient d'y voir un volcan (lion au sommet, pâturages à chèvres au milieu, serpents à la base) ou un chef pirate au navire orné de ces trois animaux. Le monstre invitait déjà à l'interprétation : il n'a jamais cessé.

Variantes et cousins

La Chimère est d'abord un membre du clan d'Échidna, massivement représenté dans ce set : Cerbère et l'hydre de Lerne sont ses frères, le sphinx sa nièce selon certaines généalogies. Famille de monstres composés, tous vaincus par des héros, tous devenus proverbiaux. Face à eux, la gorgone joue dans un autre registre, celui du regard, mais son sang a donné naissance à Pégase : sans Méduse, pas de cheval ailé, et sans cheval ailé, pas de victoire sur la Chimère. La mythologie grecque est un écosystème où les monstres se combattent par héros interposés.

Le principe chimérique, coudre plusieurs bêtes en une, est universel : ce set aligne Ammit l'égyptienne, crocodile-lion-hippopotame assemblée pour dévorer les cœurs, et le lamassu assyrien, taureau-aigle-homme assemblé pour protéger. Chez les cartes déjà en jeu, le griffon et le dragon complètent la ménagerie des composites. La Chimère reste pourtant la seule dont le nom soit devenu le nom commun de tous les autres : tout monstre cousu est, littéralement, une chimère.

Dans la culture

Le chef-d'œuvre absolu la concernant est étrusque : la Chimère d'Arezzo, grand bronze du IVe siècle avant notre ère découvert en 1553 et restauré à la Renaissance, blessée, arc-boutée, la tête de chèvre déjà mourante sur son dos. Cosme de Médicis en fit un trésor de Florence, où elle rugit toujours au musée archéologique. Les vases grecs, eux, avaient représenté sans relâche le duel aérien avec Bellérophon.

Mais la plus grande victoire de la Chimère est linguistique : « chimère » désigne depuis des siècles le rêve impossible, le projet sans espoir, et « chimérique » ce qui n'existera jamais. La science a ensuite retourné le mot : en biologie, une chimère est un organisme réel composé de cellules d'origines génétiques différentes, des greffes végétales aux organismes de laboratoire. Destin savoureux : le mot qui désignait l'impossible désigne désormais des êtres parfaitement réels fabriqués par assemblage. Le monstre de Lycie avait juste trois mille ans d'avance sur la biotechnologie.

Questions fréquentes

Comment Homère décrit-il la Chimère ?

Au chant VI de l'Iliade : « lion par-devant, serpent par-derrière, chèvre au milieu », soufflant un feu terrible. L'iconographie grecque en fera une lionne à queue de serpent portant une tête de chèvre sur le dos, souvent cracheuse de flammes par ses trois gueules.

Qui a tué la Chimère et comment ?

Bellérophon, monté sur le cheval ailé Pégase : hors de portée du feu, il cribla le monstre de flèches. Une tradition ajoute qu'il enfonça dans sa gueule une lance à pointe de plomb, que les flammes de la bête firent fondre, la brûlant de l'intérieur.

Le mont Chimère existe-t-il vraiment ?

Oui : à Yanartaş, en Turquie (ancienne Lycie), des évents de gaz naturel brûlent spontanément depuis l'Antiquité. Ces flammes éternelles, déjà associées au monstre par les Anciens, sont probablement l'une des sources du mythe de la bête cracheuse de feu.

Pourquoi dit-on « une chimère » pour un rêve impossible ?

Parce que le monstre, assemblage d'animaux incompatibles, est devenu le symbole de ce que l'imagination fabrique sans que la réalité puisse le produire. Le sens figuré est attesté depuis des siècles ; la biologie moderne a ensuite repris le mot pour désigner les organismes composés de cellules d'origines différentes.

Légendes voisines

Sources

  1. Wikipédia : Chimère (mythologie)
  2. Theoi Project : Khimaira (en anglais)
  3. Homère, Iliade, chant VI (le récit de Glaucus), sur remacle.org
  4. Hésiode, Théogonie (traduction française), la descendance d'Échidna, sur remacle.org

Chimère dans Crie au loup

Ce site accompagne Crie au loup, un jeu de cartes gratuit sur les créatures du folklore. Chimère y coûte 4 chandelles pour 6 de puissance, avec cette capacité : « À sa révélation : -1 à chaque carte ennemie ici (les trois têtes crachent). » À sa révélation, la Chimère souffle sur tous les ennemis de son lieu et les affaiblit d'un coup : trois gueules, trois jets de flammes, personne dans la clairière n'est épargné par l'incendie.

On peut la croiser sur Bûcher du solstice, Plaine de midi et Plein midi, lieux de sa région dans le jeu.

La carte parmi les 252

Coût 4, puissance 6 : Chimère frappe plus fort que 71 % du bestiaire. Plus un point est gros, plus il y a de cartes sur cette case.

01234560471114coût en chandellespuissanceAbhartach, Bête du Gévaudan, Black Shuck, Cailleach, Dragons de Duhamel, Griffon… (4/5)Áine, Alkonost, Ammit, Baku, Barbegazi, Bugul Noz… (3/4)Alp, Anguana, Boggart, Boitatá, Croque-mitaine, Dame Blanche… (2/3)Amaterasu, Gargantua, Le Diable, Piasa, Tatzelwurm (6/10)Ankou, Djinn, Grendel, Gwyn ap Nudd, Kochtcheï, Nessie… (5/8)Baba Yaga, Centaure, Cerf blanc, Chapalu, Garache, Huldra… (3/5)Banshee, Belsnickel, Charon, Chupacabra, Clurichaun, Gargouille… (2/2)Basilic, Kuchisake-onna, Kumiho, L’Écho, Lavandières de nuit, Le Cadet… (3/2)Bécut, Dahu (2/5)Bloody Mary, L'Olifant, Le Carnet du père, Loup-garou (3/1)Bouc de Yule, Drop bear, L'Auto-stoppeuse, Le Somnambule, Pooka (2/4)Brownie, Cat Sìth, Chat de Yule, El Coco, Gnome, Jack-in-the-Green… (1/2)Bulgae, Chaneque, Diablotin, Domovoï, Farfadet, Feu follet… (1/1)Bunyip, Grootslang, Ogre (4/8)Caramantran, La Lune rousse, Le Coffre, Le Gibet, Les Bottes de sept lieues, Ningyo (2/1)Chang'e, Dame de la Lune, Charybde, Chasse sauvage, Mesnie Hellequin (5/6)Changeling, Strigoï (2/0)Cirein-cròin, Kraken (5/11)Comte Arnau, Dame Holle, Dragon, Ogresse, Oiseau de feu, Simorgh… (5/7)Cortège des Tsukumogami, Le Conteur (6/7)Coulobre, Drac, Each-uisge, Golem (3/6)Cŵn Annwn, Dip, L'Aîné, Le Hollandais volant, Nosferatu, Penanggalan… (4/4)Diable de Jersey, Oiseau-tonnerre, Qilin, Scylla (4/7)Dragon de Wawel, Draugr, Gaasyendietha, Graoully, Leppalúði, Oni… (5/9)El Silbón, Gorgone, Máni, Roi des Aulnes, Selkie (3/3)Géant des montagnes (6/13)Grand Méchant Loup, Oiseau Roc (6/11)Jean Chastel (5/5)La Befana, La Diablesse, Père Fouettard, Roi des Korrigans, Stryge (6/8)La Chaîne, Matagot, Tió de Nadal, Utburd (1/0)La Main de gloire (4/2)La Nuit de Kupala, Le Jour le plus long, Le Miroir voilé, Les Douze Nuits (4/3)Les Nornes (5/3)Léviathan (6/14)Louhi, Merlin, Reine des fées, Spring-heeled Jack (6/9)Marid (6/12)Poulpiquet (1/3)Sasquatch (5/10)Troll (3/7)Wendigo (3/10)Avec Chimère : Black Annis, Curupira, Dullahan, Isonade, JoulupukkiChimère